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Le sel de mer contient-il vraiment de l'iode ?

Le sel de mer vient de la mer, et la mer est pleine d'iode : la déduction paraît imparable. Elle est pourtant fausse dans la grande majorité des cas, et cela a des conséquences concrètes sur nos apports.

Une idée reçue à corriger d'entrée

L'eau de mer contient effectivement de l'iode, sous forme d'iodures dissous. Le raisonnement paraît donc logique : si l'on fait évaporer cette eau pour obtenir du sel, l'iode devrait rester dans les cristaux. Le problème, c'est que l'iode est un élément volatil. Pendant les longues semaines de séchage au soleil et au vent, une grande partie s'échappe tout simplement dans l'air, en même temps que l'eau.

Résultat : la teneur en iode d'un sel de mer non traité est faible et surtout très variable. On parle généralement de quelques microgrammes pour cent grammes de sel, alors que les besoins quotidiens d'un adulte se situent autour de 150 microgrammes par jour. Pour couvrir ses besoins avec du sel de mer brut, il faudrait en consommer des quantités totalement incompatibles avec la santé cardiovasculaire — et de toute façon impossibles à avaler.

Cette faible teneur n'est pas un défaut de fabrication ni un scandale caché : c'est simplement la conséquence physique du procédé. Le sel de mer garde en revanche des traces d'autres minéraux (magnésium, calcium, potassium) qui expliquent en partie ses nuances de goût. Ces traces sont réelles, mais là encore présentes en quantités trop faibles pour peser dans un bilan nutritionnel global.

L'ironie de la situation mérite d'être soulignée : en remplaçant du sel de table iodé par du sel de mer « plus naturel », beaucoup de gens réduisent sans le savoir leur principale source quotidienne d'iode, tout en pensant faire un choix plus sain.

Le sel iodé, une réponse volontaire à un enjeu de santé publique

Le sel de table classique vendu comme « iodé » ne contient pas de l'iode par hasard : il en a été enrichi volontairement. Cette pratique remonte au début du XXᵉ siècle, quand plusieurs pays ont constaté que les régions éloignées des côtes présentaient des taux importants de goitre — un gonflement de la thyroïde lié au manque d'iode. En France, l'enrichissement du sel alimentaire est autorisé et encadré depuis les années 1950.

L'idée était astucieuse : plutôt que de demander à toute une population de modifier son alimentation, on a utilisé un aliment déjà consommé quotidiennement par presque tout le monde, en quantité relativement stable, comme véhicule d'un micronutriment. C'est l'un des exemples les plus cités de politique nutritionnelle efficace, avec l'enrichissement de la farine en vitamines du groupe B dans certains pays.

L'iode ajouté se présente généralement sous forme d'iodure ou d'iodate de potassium. Contrairement à ce qu'on lit parfois, la cuisson classique n'en détruit pas la totalité : une partie s'évapore avec la vapeur d'eau, mais l'essentiel reste utilisable, surtout si l'on sale en fin de cuisson ou dans l'assiette. Un sel iodé conservé dans un pot fermé, à l'abri de l'humidité et de la lumière directe, conserve sa teneur pendant des mois.

C'est exactement le type de raisonnement qu'on travaille dans le chapitre consacré aux micronutriments : ces éléments présents en très petite quantité n'apportent aucune énergie, mais leur absence bloque des fonctions entières de l'organisme.

Pourquoi l'iode est si important

L'iode a une fonction très précise dans le corps : il est le composant indispensable des hormones thyroïdiennes, la T3 et la T4. Ces hormones règlent la vitesse à laquelle les cellules produisent et consomment de l'énergie. Elles influencent la température corporelle, le rythme cardiaque, le transit, la qualité de la peau et des cheveux, la vigilance et l'humeur. Sans iode, la thyroïde ne peut tout simplement pas fabriquer ces hormones.

Face à un manque prolongé, la glande tente de compenser en grossissant pour capter le peu d'iode disponible : c'est le mécanisme du goitre. Des apports insuffisants mais non extrêmes se traduisent plus discrètement par une fatigue persistante, une frilosité inhabituelle ou une sensation de ralentissement général — des signes trop vagues pour attirer l'attention, ce qui explique que la carence légère reste sous-diagnostiquée.

La période la plus sensible reste la grossesse. Les besoins en iode augmentent nettement, car les hormones thyroïdiennes maternelles participent directement au développement du cerveau du fœtus, en particulier pendant le premier trimestre où le bébé ne produit pas encore les siennes. C'est pour cette raison que l'iode figure systématiquement parmi les nutriments surveillés en suivi de grossesse, au même titre que le fer et le folate. Le chapitre consacré à la nutrition pendant la grossesse détaille ces besoins spécifiques.

✏️ Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de trouble thyroïdien connu, de grossesse, d'allaitement ou de traitement en cours, les apports en iode doivent être discutés avec un médecin : trop peu comme trop d'iode peuvent perturber la thyroïde.

Comment savoir si son sel est iodé

La réponse est simple et tient en une ligne : c'est écrit sur l'emballage. La mention légale « sel iodé » ou « sel enrichi en iode » figure obligatoirement sur les produits concernés, et l'iodure ou l'iodate de potassium apparaît dans la liste des ingrédients. En l'absence de cette mention, le sel n'est pas iodé — quelle que soit son origine ou son prix.

  • Sel de mer, fleur de sel, sel gris de Guérande : non iodés, sauf mention explicite.
  • Sel rose de l'Himalaya : non iodé, malgré l'image « riche en minéraux ».
  • Gros sel de cuisson : le plus souvent non iodé, à vérifier au cas par cas.
  • Sel fin de table : iodé dans une bonne partie des références, mais pas toutes.
  • Sel utilisé dans les plats préparés et le pain industriel : généralement non iodé.

Ce dernier point compte plus qu'il n'y paraît. La majorité du sel que nous consommons ne vient pas de la salière mais des produits transformés — pain, charcuterie, fromages, plats préparés, soupes. Ce sel-là est rarement iodé. Autrement dit, réduire le sel ajouté à table tout en mangeant beaucoup de produits transformés revient à réduire l'iode sans réduire vraiment le sodium. Un choix peu avantageux sur les deux tableaux.

La solution pratique n'est pas de saler davantage : c'est de choisir un sel iodé pour le peu de sel qu'on ajoute soi-même, et de compter aussi sur les autres sources alimentaires.

Les autres sources alimentaires d'iode

Le sel n'est pas la seule voie. Les poissons de mer et les fruits de mer constituent la source la plus dense : cabillaud, colin, sardine, moules ou crevettes en apportent des quantités appréciables. Deux portions de poisson par semaine, dont une grasse, couvrent déjà une part importante des besoins tout en apportant des oméga-3.

Les produits laitiers arrivent juste derrière, et jouent un rôle souvent sous-estimé dans les apports moyens : lait, yaourts et fromages contiennent de l'iode, en partie parce que l'alimentation du bétail en est complémentée. Les œufs en apportent également, principalement dans le jaune. Enfin, les algues alimentaires en contiennent des quantités très élevées, parfois excessives : elles doivent rester un usage occasionnel et mesuré plutôt qu'une source quotidienne.

Les personnes qui cumulent une alimentation sans produits de la mer, sans produits laitiers et sans sel iodé sont donc celles chez qui la question mérite d'être posée sérieusement — notamment dans le cadre d'une alimentation végétalienne, où une supplémentation encadrée est souvent nécessaire.

Ce qu'on peut retenir

Le sel de mer non traité n'est pas une source fiable d'iode : le procédé de séchage en évacue l'essentiel, et ce qu'il en reste est trop variable pour être compté. Son intérêt est gustatif, pas nutritionnel. Le sel iodé classique, lui, reste la source la plus fiable et la moins coûteuse d'iode via le sel — à condition de vérifier la mention sur le paquet.

La bonne stratégie n'est pas de saler plus, mais de saler mieux : peu de sel, mais iodé, complété par du poisson, des produits laitiers et des œufs. C'est un exemple parfait de situation où le réflexe « naturel = meilleur » conduit exactement à l'inverse de l'effet recherché.

Je suis un avocat, je ne viens pas de la mer, et pourtant j'ai plus d'iode dans mon vocabulaire que ta fleur de sel dans son paquet.

Écrit par Clémence, diététicienne-nutritionniste, co-autrice du Cahier de Vacances Nutrition. En savoir plus

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