Livre 2 — Le corps, mode d'emploi
Pourquoi ai-je des renvois après avoir bu du kombucha ?
Un verre de kombucha, et voilà une série de renvois dans la demi-heure qui suit. Rien de mystérieux : c'est d'abord une histoire de gaz carbonique produit par la fermentation.
Une boisson naturellement gazeuse par fermentation
Le kombucha part d'une base très simple : du thé sucré. On y ajoute une culture symbiotique de bactéries et de levures, souvent appelée SCOBY, cette galette gélatineuse qui flotte à la surface du bocal. Pendant plusieurs jours à température ambiante, ces micro-organismes travaillent le sucre du thé. Les levures le transforment d'abord en éthanol et en gaz carbonique, puis des bactéries acétiques convertissent une grande partie de l'éthanol en acide acétique et en autres acides organiques.
Ce processus explique à la fois le goût et la texture de la boisson : l'acidité vinaigrée vient des acides produits, et les bulles viennent du CO2 généré par les levures. Contrairement à un soda industriel, où le gaz est injecté sous pression au moment de l'embouteillage, le kombucha produit ses bulles lui-même. Beaucoup de producteurs pratiquent en plus une seconde fermentation en bouteille fermée, exactement comme pour une bière ou un cidre : le gaz ne peut plus s'échapper, il se dissout dans le liquide et la pression monte.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'une bouteille de kombucha peut mousser abondamment à l'ouverture, voire déborder si elle a été secouée ou stockée trop au chaud. Ce n'est pas un défaut de fabrication : c'est le signe que la fermentation a été active. Une boisson vraiment vivante est une boisson qui continue de produire un peu de gaz.
Ce gaz naturel, une cause directe des renvois
Le mécanisme des renvois est purement mécanique et vaut pour toutes les boissons gazeuses. Le CO2 dissous dans le liquide sous pression se retrouve, une fois avalé, dans un estomac à pression bien plus faible et à une température de 37 °C. Or un gaz est d'autant moins soluble dans un liquide que celui-ci est chaud et que la pression est basse. Le CO2 se libère donc du liquide et s'accumule sous forme de bulles dans la poche gastrique.
L'estomac ne garde pas ce volume : il l'évacue par le haut, en relâchant brièvement le sphincter œsophagien inférieur. C'est le renvoi, ou éructation. C'est un réflexe physiologique parfaitement normal, dont la fonction est justement de protéger l'estomac d'une distension excessive. Un verre de kombucha peut ainsi libérer un volume de gaz plusieurs fois supérieur au volume de liquide bu.
À cela s'ajoute une contribution souvent oubliée : l'air avalé en buvant. Boire vite, à la bouteille, ou avec une paille, fait entrer de l'air supplémentaire dans l'estomac. Le total peut alors sembler impressionnant, alors que rien d'anormal ne se produit. En résumé, avoir des renvois après un kombucha n'est pas plus inquiétant qu'après une eau gazeuse ou un soda.
Une fermentation parfois plus intense selon les marques ou les lots
Toutes les bouteilles ne se valent pas sur ce point, et l'expérience peut varier fortement d'une marque à l'autre. Le niveau de gazéification dépend de la durée de fermentation, de la température à laquelle elle s'est déroulée, de la quantité de sucre résiduel disponible pour les levures au moment de la mise en bouteille, et du temps passé en seconde fermentation. Une bouteille embouteillée avec un peu de jus de fruit ajouté, par exemple, offre du sucre supplémentaire aux levures et produit davantage de gaz.
La conservation joue également. Une bouteille laissée plusieurs heures dans une voiture chaude, ou stockée hors du réfrigérateur, continue de fermenter et gagne en pression. À l'inverse, un kombucha pasteurisé — certains produits industriels le sont — ne fermente plus du tout et présente une gazéification stable, souvent plus modérée, mais sans micro-organismes vivants.
Cette variabilité explique pourquoi une même personne peut très bien tolérer une marque et être gênée par une autre, ou même par un lot différent de la même marque. Ce n'est pas dans la tête : la composition en gaz varie réellement d'une bouteille à l'autre.
Le lien possible avec les sucres résiduels fermentescibles
Le gaz n'est pas la seule piste quand la gêne dépasse le simple renvoi et va vers le ballonnement. Le kombucha contient toujours une part de sucre non transformé, et certains produits en contiennent volontairement davantage pour arrondir l'acidité. Selon les recettes, on trouve aussi du fructose, du saccharose, parfois des jus de fruits ajoutés, et des sucres partiellement fermentés.
Chez les personnes sensibles, notamment celles qui présentent un syndrome de l'intestin irritable ou une sensibilité connue aux sucres fermentescibles, ces sucres peuvent arriver en partie dans le côlon et y être fermentés par les bactéries intestinales, avec production de gaz cette fois en aval. Le résultat n'est plus un renvoi mais un ballonnement, des gargouillements ou un inconfort abdominal une à quelques heures après. C'est exactement le mécanisme que nous détaillons dans l'article sur les aliments qui donnent des ballonnements.
Distinguer les deux est utile : un renvoi immédiat pointe vers le CO2 de la boisson, un inconfort différé pointe plutôt vers la fermentation intestinale des sucres. Les deux peuvent coexister, et ils n'appellent pas les mêmes ajustements.
Ce qu'on peut faire si c'est gênant
Plusieurs gestes simples réduisent nettement la gêne. Boire lentement, par petites gorgées, dans un verre plutôt qu'au goulot, limite à la fois l'arrivée massive de CO2 et l'air avalé. Ouvrir la bouteille et la laisser reposer quelques minutes, ou remuer doucement avec une cuillère, permet de dégazéifier partiellement la boisson avant de la boire. Servir le kombucha bien frais aide aussi : le gaz reste mieux dissous dans un liquide froid.
Réduire la quantité est souvent la solution la plus efficace : commencer par un demi-verre plutôt qu'un grand verre, surtout si l'on découvre la boisson. Il peut également être plus confortable de le boire pendant ou après un repas plutôt qu'à jeun, et d'éviter de le combiner avec d'autres boissons gazeuses dans la même heure. Enfin, tester une marque moins pétillante ou un kombucha pasteurisé peut suffire, en acceptant que ce dernier ne contienne plus de micro-organismes vivants.
Une remarque pour finir : si des renvois importants s'accompagnent de brûlures d'estomac, de remontées acides répétées, de douleurs ou de difficultés à avaler, la boisson n'est probablement qu'un révélateur. Un avis médical est alors utile pour explorer un éventuel reflux gastro-œsophagien, indépendamment du kombucha.
Ce qu'on peut retenir
Les renvois après un kombucha s'expliquent d'abord par sa gazéification naturelle : la fermentation produit du CO2, ce gaz se libère dans l'estomac et l'organisme l'évacue par un réflexe normal. Il n'y a rien d'inquiétant dans ce phénomène, et il ne signale ni intolérance ni problème digestif particulier.
L'intensité varie selon la marque, le lot, la durée de fermentation et la façon dont la bouteille a été conservée, ce qui explique les expériences très différentes d'une personne à l'autre. Si la gêne va au-delà du renvoi et s'installe sous forme de ballonnement, les sucres résiduels fermentescibles sont une piste complémentaire à explorer.
En pratique, boire plus lentement, en plus petite quantité, dans un verre et bien frais suffit dans la grande majorité des cas à rendre la boisson confortable.
Écrit par Clémence, diététicienne-nutritionniste. Cet article a une visée informative et ne remplace pas un conseil personnalisé.